La Simca 1000 est une berline française à moteur arrière produite de 1961 à 1978 à Poissy, à plus de 1,6 million d’exemplaires. Née d’un projet mené avec Fiat, elle a motorisé la France des Trente Glorieuses avant de devenir une voiture de collection accessible.
Son histoire mêle industrie et politique : la Simca d’Henri Théodore Pigozzi passe sous contrôle de Chrysler au moment même où sa petite berline s’installe dans le paysage. Les versions Rallye, elles, ont fait sa légende.
L’histoire de la Simca 1000
Un projet né avec Fiat
Simca, la Société industrielle de mécanique et de carrosserie automobile, est fondée en 1934 par Henri Théodore Pigozzi pour produire des Fiat sous licence en France. Au début des années 1950, la marque de Nanterre puis de Poissy devient le deuxième constructeur français.
Le projet d’une petite voiture populaire naît à la fin des années 1950, en lien direct avec Fiat, dont Gianni Agnelli dirige alors la direction. L’étude d’une berline à moteur arrière est menée conjointement, avant que Fiat ne développe de son côté la 850 et Simca la 1000.
Le lancement de 1961
La Simca 1000 est lancée au Salon de Paris en octobre 1961. Sa ligne à trois volumes, signée en interne, tranche avec les formes rondes de l’époque : arêtes vives, surfaces planes, quatre portes sur une voiture de quatre mètres à peine.
La recette technique tient en peu de mots : moteur quatre cylindres de 944 cm³ placé en porte-à-faux arrière, boîte à quatre vitesses, propulsion. Cette architecture, partagée à l’époque avec la Renault Dauphine et la Volkswagen Coccinelle, permet un habitacle dégagé et un coût de production réduit.
Le passage sous contrôle américain
Chrysler entre au capital de Simca dès 1958 et prend la majorité en 1963. Le rachat s’achève en 1970 : la marque devient Chrysler France, puis Talbot après la reprise par Peugeot en 1978. La Simca 1000 traverse ces trois époques sans changer de nom.
Le dessin de Mario Revelli di Beaumont
La ligne de la Simca 1000 est attribuée à Mario Revelli di Beaumont, styliste italien passé par Turin et longtemps consultant pour Fiat. On lui doit ces flancs tendus et cette poupe courte qui donnent à la voiture une allure plus moderne que ses rivales rondes du début des années 1960.
Le travail mené entre Poissy et Turin explique la parenté visuelle avec certaines Fiat de la même période. La Simca 1000 garde pourtant son identité : quatre portes sur un gabarit de citadine, ce que peu de voitures françaises proposaient alors à ce prix.
Henri Théodore Pigozzi, l’homme derrière Simca
Né à Turin en 1898, Henri Théodore Pigozzi arrive en France dans les années 1920 comme négociant en ferraille pour le compte de Fiat. Sa rencontre avec Giovanni Agnelli change sa carrière : Fiat lui confie la diffusion de ses voitures en France, puis leur assemblage.
Pigozzi fonde Simca en 1934 et donne à l’entreprise son nom, la Société industrielle de mécanique et de carrosserie automobile. Il rachète Ford SAF et son usine de Poissy en 1954, ce qui fait de Simca le deuxième constructeur automobile français derrière Renault.
La Simca 1000 est son dernier grand projet. Pigozzi est écarté de la direction par Chrysler en 1963, deux ans après le lancement du modèle, et meurt l’année suivante. L’entreprise qu’il avait bâtie autour de la relation avec l’Italie passe alors entièrement sous contrôle américain.

Les caractéristiques techniques de la Simca 1000
Le tableau réunit les principales motorisations proposées au fil de la production.
| Version | Cylindrée | Puissance | Années |
|---|---|---|---|
| Simca 1000 GL | 944 cm³ | 35 ch | 1961 à 1967 |
| Simca 1000 GLS | 944 cm³ | 40 ch | 1962 à 1970 |
| Simca 1000 Spécial | 1 118 cm³ | 52 ch | 1968 à 1975 |
| Simca 1000 Rallye | 1 118 cm³ | 53 ch | 1970 à 1972 |
| Simca 1000 Rallye 1 | 1 294 cm³ | 60 ch | 1972 à 1976 |
| Simca 1000 Rallye 2 | 1 294 cm³ | 82 ch | 1976 à 1978 |
| Simca 1000 Rallye 3 | 1 294 cm³ | 103 ch | 1978 |
Le moteur en porte-à-faux arrière donne à la voiture un comportement typé : train avant léger, arrière pendulaire, direction précise mais peu chargée. Cette conduite particulière explique autant sa réputation en rallye que ses sorties de route.
Les versions de la gamme
La Simca 1000 se décline en une dizaine de finitions entre 1961 et 1978. Les premières, GL et GLS, visent la clientèle familiale. La Spécial de 1968 ajoute une planche de bord plus complète et un moteur de 1 118 cm³.
Un restylage en 1968 modifie la calandre et les feux arrière. Un second, en 1975, aligne le modèle sur le style de la gamme Chrysler France. La production s’arrête en 1978, remplacée par la Simca 1006 puis par la gamme Horizon.
Les Simca 1000 Rallye : la légende
Les versions sportives de la Simca 1000 forment aujourd’hui le cœur de sa cote. Elles naissent d’une idée simple : loger le moteur le plus gros de la gamme dans la caisse la plus légère.
La Rallye et la Rallye 1
La première Rallye apparaît en 1970 avec 53 ch, des jantes larges et une présentation dépouillée. La Rallye 1 lui succède en 1972 avec le 1 294 cm³ de 60 ch, un capot noir mat et deux phares longue portée.
La Rallye 2, la plus recherchée
Lancée en 1976, la Rallye 2 pousse le 1 294 cm³ à 82 ch grâce à une culasse retravaillée et à une alimentation double corps. Avec 850 kg sur la balance, elle atteint 170 km/h et devient la référence du rallye de club en France.
La Rallye 3, la rareté
Produite en 1978 en très petite série, la Rallye 3 développe 103 ch et se reconnaît à ses ailerons et à sa livrée spécifique. Environ un millier d’exemplaires seulement ont été assemblés, ce qui en fait la Simca 1000 la plus chère du marché.
La Simca 1000 et ses rivales
Au début des années 1960, la petite berline familiale est le segment le plus disputé du marché automobile français. La Simca 1000 y affronte trois modèles.
| Modèle | Architecture | Cylindrée | Année de lancement |
|---|---|---|---|
| Simca 1000 | moteur arrière, propulsion | 944 cm³ | 1961 |
| Renault Dauphine | moteur arrière, propulsion | 845 cm³ | 1956 |
| Renault 8 | moteur arrière, propulsion | 956 cm³ | 1962 |
| Fiat 850 | moteur arrière, propulsion | 843 cm³ | 1964 |
| Peugeot 204 | moteur avant, traction | 1 130 cm³ | 1965 |
La Renault 8 est sa rivale directe, née un an plus tard sur le même principe. Le duel des deux françaises a duré toute la décennie, et se rejoue aujourd’hui sur les plateaux de véhicules anciens. La Peugeot 204, avec son moteur avant, annonçait déjà l’architecture qui allait s’imposer partout.
Le choix du moteur arrière rapproche la Simca 1000 d’un autre constructeur, moins attendu : Porsche. La 356 puis la 911 reposent sur la même logique de masses concentrées derrière l’essieu arrière. Toutes proportions gardées, une Rallye 2 en virage se comporte comme une petite Porsche : elle pivote vite, et prévient peu.
Le Coupé Simca 1000 et la 1200 S
Le coupé dessiné par Bertone arrive en 1962 sur la base mécanique de la berline. Élégant, plus cher, il reste confidentiel avec environ 10 000 exemplaires produits jusqu’en 1967.
Il cède la place à la 1200 S, motorisée par un 1 204 cm³ de 80 ch, capable de 175 km/h. Cette version, produite jusqu’en 1971, est devenue la plus cotée de toute la lignée, loin devant les berlines.
Les versions produites à l’étranger
La Simca 1000 a été assemblée hors de France sous plusieurs identités.
- Espagne : produite par Barreiros puis Chrysler España sous le nom Simca 1000, avec des finitions propres au marché local
- Italie : Fiat, actionnaire historique, en assure la diffusion à ses débuts
- Colombie et Chili : assemblage local à partir de caisses expédiées de Poissy, en petites séries
- Argentine : quelques exemplaires importés, sans production durable
Ces déclinaisons expliquent les écarts de finition constatés aujourd’hui sur le marché de la voiture de collection : deux Simca 1000 du même millésime peuvent différer par le tableau de bord ou la sellerie.
La carrière sportive de la Simca 1000
Dès la fin des années 1960, la petite berline attire les préparateurs. Sa légèreté et son moteur facile à gonfler en font une base idéale pour le sport amateur, à une époque où l’accès à la compétition automobile reste possible avec un budget modeste.
Les versions Rallye institutionnalisent le phénomène : Chrysler France crée une formule de promotion réservée au modèle, qui remplit les plateaux pendant plusieurs saisons. Des générations de pilotes français y ont fait leurs premières armes avant de passer à des voitures plus rapides.
Cette carrière explique la rareté actuelle des exemplaires d’origine : beaucoup de Rallye ont été modifiées, cassées ou reconstruites. Une voiture restée conforme, avec sa carrosserie d’origine, se paie aujourd’hui bien au-delà de la cote moyenne du modèle.
Conduire une Simca 1000 aujourd’hui
Le contact se fait par une clé et un démarreur qui prennent leur temps. Le moteur arrière se réveille avec un bruit métallique caractéristique, et la boîte manuelle à quatre vitesses demande de la douceur : les synchros n’aiment pas la brutalité.
Au volant, la direction est légère et directe, le train avant peu chargé. La voiture se conduit à l’accélérateur : lever le pied en courbe fait pivoter l’arrière, une réaction que tout conducteur habitué aux tractions doit apprendre à anticiper. Les roues de petit diamètre rendent le tout très vif.
Les performances restent modestes sur une berline de série : 130 km/h en pointe et des reprises tranquilles. La Rallye 2, elle, tient encore le rythme de la circulation moderne, avec ses 170 km/h et une vitesse de croisière confortable à 120.
Le freinage constitue la vraie limite : tambours à l’avant sur les premières versions, disques ensuite, mais sans assistance. Il faut anticiper, surtout chargé, et garder ses distances. C’est le seul point où la voiture montre vraiment son année de naissance.
La mécanique au quotidien
Le quatre cylindres Simca est réputé solide, à condition de surveiller la température : le refroidissement à eau avec radiateur avant impose de longues canalisations, sensibles à la corrosion. Une fuite au niveau des durites est le défaut le plus courant.
Les pièces mécaniques se trouvent encore auprès des clubs et de quelques spécialistes, à des tarifs raisonnables. Les éléments de carrosserie et les chromes, en revanche, deviennent rares, surtout sur les versions Rallye. C’est ce déséquilibre qui doit guider un achat : un moteur fatigué se refait, une caisse percée coûte beaucoup plus cher.
La cote de la Simca 1000 en collection
La Simca 1000 reste une des voitures de collection les plus abordables du marché français. Les prix constatés varient fortement selon la version et l’état.
| Version | État correct | État concours |
|---|---|---|
| Berline GL ou GLS | 2 500 à 4 500 € | 7 000 à 9 000 € |
| Berline Spécial | 3 500 à 6 000 € | 9 000 à 12 000 € |
| Rallye 1 | 9 000 à 14 000 € | 18 000 à 22 000 € |
| Rallye 2 | 15 000 à 22 000 € | 28 000 à 35 000 € |
| Rallye 3 | 45 000 à 60 000 € | au-delà de 80 000 € |
| Coupé Bertone | 18 000 à 25 000 € | 30 000 à 40 000 € |
| 1200 S | 30 000 à 45 000 € | 55 000 à 70 000 € |
L’écart entre une berline et une Rallye 2 dépasse le facteur cinq. Il s’explique par la rareté, mais aussi par la demande : les Rallye animent les plateaux de rallye historique, où la Simca 1000 reste éligible.
Où trouver une Simca 1000 à vendre ?
Quatre canaux se partagent le marché.
- Les sites d’annonces généralistes, où passent surtout des berlines à restaurer
- Les plateformes spécialisées en véhicules anciens, mieux documentées
- Le club Simca France et les clubs régionaux, qui diffusent des voitures suivies
- Les ventes aux enchères, où passent les Rallye 2, Rallye 3 et 1200 S
Les meilleures affaires viennent du réseau des clubs : une voiture connue, avec son historique, évite les mauvaises surprises de carrosserie.
Que vérifier avant d’acheter ?
La Simca 1000 souffre de deux maux principaux, et ils coûtent cher.
- La corrosion des bas de caisse, des passages de roue et du plancher, à sonder systématiquement
- L’état du berceau arrière et des points d’ancrage de la suspension
- L’origine du moteur : beaucoup de berlines ont reçu un bloc de Rallye
- La cohérence des numéros de châssis et de moteur avec les documents
- Le fonctionnement du circuit électrique, souvent bricolé au fil des ans
Une berline saine mais fatiguée mécaniquement reste un bon achat : les pièces moteur se trouvent encore. Une caisse rouillée, en revanche, coûtera plus cher à remettre en état que la valeur finale de la voiture.
La fin de carrière du modèle
La dernière Simca 1000 sort de Poissy en 1978, dix-sept ans après la première. La gamme a été profondément remaniée entre-temps : la 1006, dernière évolution, ne trouve plus sa clientèle devant les tractions modernes.
La production totale dépasse 1,6 million d’exemplaires, tous marchés confondus. C’est le plus gros succès industriel de la marque, devant la 1100 et la 1300. Peu de voitures françaises de cette taille ont tenu aussi longtemps au catalogue sans changement d’architecture.
Cette longévité a une conséquence directe pour l’amateur : les pièces d’usage restent trouvables, et le parc survivant reste suffisant pour alimenter le marché de la voiture ancienne. Le type de voiture qu’on peut encore acheter sans se ruiner, ce qui n’est plus le cas de beaucoup de modèles de la même époque.
La Simca 1000 dans la mémoire collective
Vendue à plus de 1,6 million d’exemplaires, la Simca 1000 a été la voiture d’apprentissage de toute une génération. Sa silhouette carrée fait partie du décor des rues françaises des années 1960 et 1970, au même titre que la Renault 4 ou la Peugeot 204.
Les versions Rallye ont nourri le rallye amateur pendant deux décennies, avant de revenir aujourd’hui sur les épreuves historiques. C’est cette double vie, populaire et sportive, qui explique l’attachement dont la voiture fait l’objet.
Faut-il acheter une Simca 1000 aujourd’hui ?
Oui pour une première voiture ancienne : mécanique simple, pièces disponibles, cote d’entrée basse et communauté active. Une berline en bon état se conduit sans appréhension et se gare partout.
La prudence s’impose sur les Rallye, dont les répliques circulent. Faites vérifier l’authenticité par un club avant de signer : l’écart de valeur entre une vraie Rallye 2 et une berline transformée dépasse 15 000 €. Une Simca 1000 bien choisie garde sa valeur : la première voiture de collection qu’on revend sans perte, à condition d’avoir acheté une caisse saine plutôt qu’un moteur préparé. Découvrez aussi notre page sur les youngtimers pour situer ce modèle dans l’histoire de l’automobile française.




