La Peugeot 205 Turbo 16 est la voiture qui a fait basculer Peugeot dans la cour des grands. Deux titres mondiaux en 1985 et 1986, seize victoires en vingt-huit courses, un moteur central et quatre roues motrices sous une carrosserie de citadine : la 205 T16 reste l’une des grandes gloires du groupe B, et sa version de route s’échange aujourd’hui à des prix qui dépassent la plupart des sportives de la même année.
Qu’est-ce que la Peugeot 205 Turbo 16 ?
La 205 Turbo 16 est une voiture de course produite de 1983 à 1987 par le constructeur automobile Peugeot, sous la direction de Jean Todt, alors responsable de Peugeot Talbot Sport. Elle est conçue pour le groupe B, catégorie créée en 1982 par la fédération, qui autorisait les quatre roues motrices et allégeait fortement les contraintes techniques.
De la 205 de série, la voiture ne conserve que l’apparence. Le châssis B262 est une cage de tubes qui sert aussi d’habitacle, le moteur XU8T de 1 775 cm3 est installé en position centrale arrière transversale, et une fine couche de kevlar et de plastique donne au véhicule la silhouette d’une Peugeot de grande série. La transmission intégrale permet de faire passer au sol des puissances comprises entre 350 et 480 ch selon les versions de course.
La Peugeot 205 Turbo 16 arrive à un moment charnière pour la marque. La 205 de série, lancée en 1983 après plusieurs mois d’essais, sauve financièrement le constructeur ; la 205 GTI en devient la vitrine sportive commerciale, et la Turbo 16 la vitrine absolue. Chez PSA, Citroën suivra la même voie quelques années plus tard avec la BX 4TC, sans le même résultat. Face aux Audi et aux Renault engagées dans le mythique groupe B, la Peugeot 205 Turbo 16 impose d’emblée une fiabilité rare pour un véhicule aussi neuf.

Que vaut la version de route, la série 200 ?
Le règlement imposait de dériver la voiture de rallye d’un modèle de série. Peugeot a donc produit en 1984 une 205 Turbo 16 série 200, à exactement 200 exemplaires, nombre nécessaire pour obtenir l’homologation. L’assemblage a été confié à l’usine Talbot de Poissy. En comptant les exemplaires de course, 219 châssis ont été construits.
Cette 205 Turbo 16 série de route reprend l’architecture de la voiture de rallye avec un moteur assagi : 200 ch, 255 Nm, boîte de vitesses manuelle à cinq rapports, transmission intégrale. Les fiches techniques annoncent 214 km/h et 6,8 s de 0 à 100 km/h pour 1 145 kg, avec une consommation mixte de 11,6 litres aux cent km.
Le reste des données techniques suit la même logique. Le châssis associe une monocoque en acier à une structure tubulaire, la suspension repose sur des doubles triangles et des ressorts hélicoïdaux, la direction est à crémaillère et le freinage confié à quatre disques ventilés avec étriers à simple piston. Le système de refroidissement et l’embrayage ont été revus pour supporter un usage routier, ce qui distingue nettement ces véhicules des modèles de circuit. Présentée au Salon de Paris, cette nouvelle sportive n’a jamais été vendue comme un modèle de grande diffusion : chaque exemplaire partait sur commande.
| Caractéristique | 205 Turbo 16 série 200 |
|---|---|
| Année de production | 1984 |
| Exemplaires | 200 (219 châssis avec les voitures de course) |
| Usine | Talbot, Poissy |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, 16 soupapes, 1 775 cm3, essence turbo |
| Position moteur | Centrale arrière |
| Puissance | 200 ch |
| Transmission | Intégrale, boîte de vitesses manuelle 5 rapports |
| Masse à vide | 1 145 kg |
| Vitesse maximale | 214 km/h |
| 0 à 100 km/h | 6,8 s |
| Dimensions | 3 820 x 1 700 x 1 354 mm |
Quel palmarès en groupe B ?
L’aventure débute par des essais grandeur nature en 1984 : cinq courses d’apprentissage en championnat du monde, qui s’achèvent par trois victoires d’Ari Vatanen. La 205 T16 s’impose ensuite deux années de suite.
- 1985 : titre constructeur pour Peugeot et titre pilote pour Timo Salonen.
- 1986 : deuxième titre constructeur et titre pilote pour Juha Kankkunen.
- Bilan : 16 victoires et 28 podiums en trois saisons, dont deux complètes.
- 1987 et 1988 : deux victoires au Paris-Dakar avec la version Grand Raid, par Ari Vatanen puis Juha Kankkunen.
- 1987 à 1990 : quatre titres européens de rallycross et trois titres de champion de France.
La fin arrive brutalement. Après une série d’accidents, dont la violente sortie de route d’Ari Vatanen en Argentine en 1985, la fédération supprime le groupe B pour 1987. Privée de catégorie, la Peugeot part vers le rallye-raid, puis vers la course de côte de Pikes Peak en juillet 1987 avec une version de 550 ch pour 850 kg, où Ari Vatanen termine deuxième.
Pourquoi la 205 T16 affole les enchères ?
Le marché de la 205 Turbo 16 a changé d’échelle. En 2021, une Evolution 2 de groupe B développant 430 ch, avec laquelle Bruno Saby a terminé deuxième du Tour de Corse 1985, a été vendue aux enchères 977 440 euros. La même année, une série 200 ayant appartenu à Jean Todt est partie à 419 260 euros.
Trois raisons expliquent ces prix. La rareté d’abord : 200 voitures de route seulement, dont une partie détruite ou transformée. Le palmarès ensuite, qui rattache chaque exemplaire à deux titres mondiaux. La demande enfin, portée par des collectionneurs qui cherchent une auto de rallye homologuée pour la route. Une 205 Turbo 16 en occasion ne se trouve pas dans les annonces ordinaires : elle passe par les maisons de vente, avec un dossier d’authenticité complet, numéro de châssis à l’appui.
Pour un acheteur, l’état d’origine prime sur tout le reste : moteur conforme, transmission intégrale d’origine, roue de secours et outillage encore présents. Une voiture modifiée pour la compétition et jamais remise en configuration de route perd une partie de sa valeur, sauf si elle possède un historique de course documenté.
La cote a été multipliée plusieurs fois en vingt ans. Une annonce publique reste rare, et les collectionneurs suivent de près les ventes du jour où un ancien exemplaire d’usine réapparaît. Pour les pilotes de l’époque comme pour les amateurs d’aujourd’hui, la Peugeot 205 Turbo 16 fait partie des voitures de collection les plus suivies en France, au même titre que les grandes gloires du groupe B.
Où voir une 205 Turbo 16 aujourd’hui ?
Le Musée de l’Aventure Peugeot, à Sochaux, expose des exemplaires de la marque et retrace le parcours du modèle. La voiture apparaît aussi régulièrement au Mondial de l’automobile de Paris, à Rétromobile et dans les rassemblements consacrés au groupe B. Plusieurs propriétaires privés engagent encore leur 205 T16 dans des épreuves historiques, ce qui reste le meilleur endroit pour la voir rouler plutôt que posée sur un plateau.
Ce qu’il faut retenir
- Peugeot 205 Turbo 16 : voiture de course du groupe B, produite de 1983 à 1987, châssis B262, moteur XU8T de 1 775 cm3.
- Version de route série 200 : 200 exemplaires en 1984, 200 ch, transmission intégrale, 1 145 kg, 214 km/h.
- Palmarès : titres constructeur et pilote en 1985 et 1986, 16 victoires, deux Paris-Dakar en 1987 et 1988.
- Marché : 977 440 euros pour une Evolution 2 de Bruno Saby, 419 260 euros pour la série 200 de Jean Todt en 2021.
- À voir au Musée de l’Aventure Peugeot à Sochaux et dans les épreuves historiques.




