La Mini Moke est un petit pick-up de plein air dérivé de la Mini, fabriqué à partir de 1964 par le groupe anglais British Motor Corporation. Née d’une commande militaire refusée, elle est devenue en soixante ans l’emblème du véhicule de vacances au bord de mer, et connaît aujourd’hui une seconde vie en version électrique.
Cette page retrace l’histoire de la Mini Moke : sa genèse comme véhicule militaire léger, ses trois pays de fabrication, sa carrière au cinéma, puis la relance électrique portée par Nosmoke en France et par Moke International. Avec, à la fin, les points à examiner avant d’acheter un exemplaire d’origine.
Qu’est-ce que la Mini Moke ?
La Mini Moke est une petite automobile tout-chemin à carrosserie ouverte, construite sur la base mécanique de la Mini. Elle mesure 3 050 mm de long, 1 300 mm de large et 1 400 mm de haut, pour une masse à vide comprise entre 406 et 578 kg selon les séries. Le moteur est un quatre cylindres en ligne et la transmission se fait aux roues avant : c’est une traction, jamais un quatre roues motrices.
Sa carrosserie tient en quelques panneaux d’acier plats, sans portes ni toit fixe, avec des caissons latéraux qui font office de structure. Cette conception explique son faible prix de revient, son entretien réduit et l’absence quasi totale de confort. La capote et la banquette arrière figuraient d’ailleurs parmi les options à monter soi-même sur la première série.
Au total, 49 937 exemplaires ont été produits entre 1964 et 1993, sous plusieurs noms : Austin Mini Moke, Morris Mini Moke, BMC Moke, Leyland Moke, puis Cagiva Moke.

Comment est née la Mini Moke ?
Un véhicule militaire léger refusé par l’armée
La Mini Moke est née à la suite de la demande de l’armée britannique, qui cherchait un véhicule militaire léger et parachutable, comparable à la Jeep américaine de la Seconde Guerre mondiale. Le prototype respectait le cahier des charges sur le papier, mais ses petites roues et sa faible garde au sol ont rendu son utilisation impossible en tout-terrain. L’armée n’a pas donné suite.
Le passage au marché civil en 1963
En 1963, le constructeur anglais BMC développe une version conçue comme un utilitaire pour le marché civil. Le moteur de 850 cc est celui de la Mini, la ligne reste brute, et l’ensemble permet un prix attractif avec un besoin d’entretien très faible. La fabrication de la version Mark I démarre à Longbridge le 30 janvier 1964.
Pourquoi l’échec britannique ?
En Grande-Bretagne, le modèle ne connaît pas le succès espéré, malgré un régime fiscal très favorable, précisément parce qu’il est classé comme véhicule à usage commercial. La raison principale tient au climat : il n’est pas agréable de rouler dans une voiture ouverte au confort spartiate dans un pays humide.
En 1967, la Moke est reclassée en véhicule à usage privé. Le régime fiscal favorable disparaît, le prix de vente augmente d’autant et les ventes chutent encore. La production anglaise prend fin le 25 octobre 1968. Sur les 14 518 exemplaires fabriqués en Angleterre, 1 500 seulement ont trouvé preneur au Royaume-Uni. La tentative de commercialisation dans les États du sud des États-Unis a également échoué.
Où la Mini Moke a-t-elle été fabriquée ?
Trois pays se sont succédé sur près de trente ans de production, avec à chaque fois des évolutions techniques notables.
L’Angleterre, de 1964 à 1968
14 518 Mini Moke sortent de l’usine BMC de Longbridge, à Birmingham. Sur ce total, 5 422 portent la marque Austin, sous le code VIN A-AB1, et 9 096 la marque Morris, sous le code M-AB1. La version Mark II se distingue par un second essuie-glace, côté passager.
L’Australie, de 1966 à 1982
La fabrication débute en 1966 dans les ateliers de la British Motor Company de Sydney, dans un pays dont le climat se prête bien mieux à ce type d’automobile. Le moteur passe à un litre et le véhicule est commercialisé sous le nom de Morris Mini Moke. En 1969, la Mark II arrive sous l’appellation BMC Mini Moke, avec un freinage revu, un système de refroidissement amélioré, une direction retouchée et des roues de plus grand diamètre.
En 1970, le mot Mini disparaît du nom : la voiture devient BMC Moke, puis Leyland Moke. Des séries spéciales apparaissent, dont une version pick-up en 1974 et la Californian équipée d’un moteur de 1 300 cc, restée environ deux ans au catalogue. La capote amovible fixée par une fermeture à glissière compte parmi les améliorations australiennes. La production s’achève en 1982, après 26 142 exemplaires.
Le Portugal, de 1980 à 1993
La fabrication au Portugal commence en 1980 à Setúbal, en CKD, avec des éléments venus d’Australie, sous le contrôle de British Leyland. Ces véhicules sont homologués comme voitures pour le temps libre, ce qui leur vaut les faveurs des clients locaux. Une série anniversaire, la Moke 25, célèbre les 25 ans de production. Après 8 171 exemplaires sous le code VIN TW7 XK, la fabrication cesse en juillet 1989.
En 1990, le constructeur italien de motos Cagiva rachète à BMC les droits ainsi que l’usine portugaise de Ventas Novas. 2 071 Cagiva Moke sortent de chaîne entre 1991 et juillet 1992, sous le code VIN TX5 XK. C’est le dernier chapitre de la fabrication historique.
| Pays | Période | Exemplaires |
|---|---|---|
| Angleterre (Longbridge) | 1964-1968 | 14 518 |
| Australie (Sydney) | 1966-1982 | 26 142 |
| Portugal (Setúbal, puis Ventas Novas) | 1980-1993 | environ 10 000 |
| Total | 1964-1993 | 49 937 |
Que vaut la Mini Moke sur la route ?
Il faut prendre la Moke pour ce qu’elle est : une base de Mini à ciel ouvert. Les performances restent modestes, la protection contre les intempéries quasi nulle, et le confort se limite à une banquette et à une capote de toile. En contrepartie, la masse dépasse rarement 500 kg, la mécanique est simple et l’agrément tient entièrement à l’usage en plein air.
Le freinage, la direction et le refroidissement ont progressé au fil des séries australiennes, ce qui rend les modèles produits après 1969 plus faciles à vivre. Sur les versions les plus anciennes, mieux vaut réserver le véhicule aux petits trajets, aux zones balnéaires et aux routes de vacances plutôt qu’aux longs parcours.
Mini Moke ou Citroën Méhari ?
La comparaison revient tout le temps en Europe, et elle est justifiée : les deux voitures partagent la même idée d’automobile de plein air, vendue à prix serré. La Citroën Méhari, apparue en 1968, oppose une carrosserie en plastique ABS à la tôle de la Mini-Moke, une garde au sol plus généreuse de quelques cm et un habitacle plus modulable. La Moke, elle, garde un design plus brut et une base mécanique de Mini. Sur route, la Méhari est plus agréable sur mauvais revêtement ; la Moke reste plus vive et plus courte. L’histoire des deux modèles se termine de la même façon : une production maintenue jusqu’en 1987 pour la Méhari, jusqu’en 1993 pour la Moke.
Où a-t-on vu la Mini Moke ?
Peu de véhicules aussi confidentiels ont autant marqué la culture populaire. La Mini Moke doit une bonne part de sa notoriété à ses apparitions à l’écran.
- Télévision britannique : Le Prisonnier et Chapeau melon et bottes de cuir.
- Télévision française : la série Sous le soleil, où le personnage de Jessica en utilise une pendant plusieurs épisodes.
- Cinéma : Vivre et laisser mourir, film de James Bond sorti en 1973.
- Cinéma français : Fantômas se déchaîne, Ne nous fâchons pas, Les Grandes Vacances et L’Enquête corse.
- La Collectionneuse d’Éric Rohmer, en 1967, où une Moke verte est longuement filmée.
- Chanson : Jacques Dutronc cite la Mini Moke dans Mini-mini-mini, en 1966.
Qu’est-ce que la Moke électrique ?
La Mini Moke historique a disparu des chaînes en 1993, mais le modèle est revenu par la voie électrique. Deux acteurs se partagent aujourd’hui ce marché, avec des approches différentes.
Nosmoke, la relance française
En 2013, le constructeur français Nosmoke relance le modèle vintage en version électrique. La production démarre en Chine, mais la qualité obtenue ne convient pas : en 2015, les dirigeants ramènent la fabrication en France, châssis compris, assemblé, soudé, plongé dans un bain de cataphorèse puis peint. Nosmoke s’installe en mai 2015 dans les anciennes usines Heuliez.
Le véhicule électrique est homologué en quadricycle lourd, avec une homologation européenne L7e autorisant le transport de quatre passagers. Au 31 décembre 2020, plus de 250 Nosmoke electric avaient été livrées, dont la moitié en France. Pour 2021, le constructeur annonçait une cadence de vingt voitures par mois. La clientèle du véhicule électrique se compose surtout de particuliers aisés vivant en bord de mer, dans des régions ensoleillées.
Moke International, la relance britannique
Le designer britannique Michael Young relance de son côté la production sous le nom de Moke International en 2018. En 2022, la marque passe à l’électrique et propose des modèles de loisir destinés aux zones touristiques et balnéaires, tout en conservant la ligne emblématique de la Moke d’origine.
Quel prix pour une Moke électrique ?
Le prix d’une Moke électrique n’a plus rien à voir avec celui d’un utilitaire d’entrée de gamme des années 1960. Ces véhicules sont produits en petites séries, souvent personnalisés, et positionnés sur un usage de loisir haut de gamme, ce qui les place au niveau d’une citadine neuve bien équipée, voire au-dessus selon les options. Le prix exact dépend de la batterie, de la finition et des équipements : il faut le demander directement au constructeur, les configurations variant d’un exemplaire à l’autre.
Avant de commander, deux points méritent attention : la catégorie d’homologation, qui conditionne la vitesse autorisée et le permis nécessaire, et le réseau d’entretien, encore restreint pour ce type de véhicule.
Quelle cote pour une Mini Moke d’origine ?
La Mini Moke historique est devenue rare, surtout en bon état d’origine. Les exemplaires anglais de 1964 à 1968 sont les plus recherchés, en raison de leur faible diffusion : 14 518 voitures, dont beaucoup ont vécu au bord de mer, dans un environnement salin peu favorable à la tôle.
- Vérifiez la corrosion des caissons latéraux et du plancher : ce sont les éléments structurels du véhicule.
- Contrôlez la concordance entre le code VIN et le pays de fabrication annoncé.
- Examinez la capote, l’arceau et la banquette arrière, souvent manquants ou remplacés.
- Sur une Moke australienne, contrôlez le freinage et le refroidissement, revus à partir de 1969.
- Pour un exemplaire portugais ou une Cagiva Moke, vérifiez le dossier d’importation en France.
Comme pour tout youngtimer importé, la carte grise française demande un dossier complet. Notre page sur l’assurance d’un véhicule ancien détaille les formules adaptées à un usage saisonnier, qui correspond bien à ce modèle.
Questions fréquentes
Combien de Mini Moke ont été produites ?
49 937 exemplaires entre 1964 et 1993, répartis entre l’Angleterre, l’Australie et le Portugal.
La Mini Moke est-elle un quatre roues motrices ?
Non. C’est une traction, comme la Mini dont elle dérive. Ses capacités de franchissement restent limitées, ce qui lui a valu d’être refusée par l’armée britannique.
Quelle est la différence entre Austin Mini Moke et Morris Mini Moke ?
Uniquement le nom et le code VIN. Sur les 14 518 voitures anglaises, 5 422 portent le nom Austin, code A-AB1, et 9 096 le nom Morris, code M-AB1.
Qui fabrique la Moke aujourd’hui ?
Deux constructeurs : Nosmoke, en France, dans les anciennes usines Heuliez, et Moke International, relancé par le designer britannique Michael Young. Les deux proposent des modèles électriques.
La Moke est-elle homologuée pour la route ?
Oui. Les modèles historiques circulent avec leur homologation d’époque. Les modèles électriques actuels sont homologués en quadricycle lourd, catégorie européenne L7e, autorisant quatre passagers.
Ce qu’il faut retenir
- Mini Moke : petit tout-chemin ouvert dérivé de la Mini, né d’une demande de véhicule militaire léger refusée par l’armée britannique.
- 49 937 exemplaires produits de 1964 à 1993 : 14 518 en Angleterre, 26 142 en Australie, environ 10 000 au Portugal.
- Moteur de 850 cc à l’origine, puis un litre en Australie et 1 300 cc sur la Californian ; traction, 406 à 578 kg.
- Noms successifs : Austin Mini Moke, Morris Mini Moke, BMC Moke, Leyland Moke et Cagiva Moke.
- Relance électrique par Nosmoke en France depuis 2013 et par Moke International depuis 2018.
- À l’achat : corrosion des caissons, concordance du code VIN, capote et banquette d’origine.




