Le constat amiable se remplit dans les cinq minutes qui suivent un choc, debout sur le bas-côté, avec quelqu’un qui n’a pas forcément la même version que vous. C’est le document qui décidera de votre part de responsabilité et du sort de votre bonus. Voici comment le remplir case par case, sans commettre les erreurs qui coûtent cher.
Qu’est-ce qu’un constat amiable ?
Le constat amiable est un document standardisé qui décrit un accident matériel entre deux véhicules. Il est identique chez tous les assureurs français, et sa version européenne reprend la même numérotation dans toutes les langues de l’Union.
Son rôle n’est pas de désigner un coupable. Il consigne des faits : la date, le lieu, l’identité des conducteurs, les circonstances cochées, un croquis et les dégâts apparents. Ce sont ensuite les assureurs qui appliquent leur barème de responsabilité à partir de ces éléments.
Le document se compose de deux faces qui n’ont ni la même valeur ni les mêmes règles. Le recto se remplit à deux, sur place, et se signe. Le verso se remplit seul, chez soi, et n’engage que vous.

Le constat amiable est-il obligatoire ?
Aucun texte de loi ne vous oblige à en remplir un. Mais votre contrat d’assurance, lui, vous impose de déclarer tout sinistre, et le constat est le moyen normal de le faire. Refuser de le remplir ne vous protège de rien.
Sans constat, votre assureur ne dispose que de votre parole contre celle de l’autre conducteur. Le dossier traîne, l’indemnisation se fait attendre, et le partage de responsabilité penche rarement en faveur de celui qui n’a rien signé. Dans les faits, le constat est donc obligatoire au sens pratique du terme.
Un seul exemplaire suffit pour deux : le document est autocopiant. Chacun repart avec le sien, strictement identique, et l’envoie à son propre assureur. Il n’y a pas besoin que les deux conducteurs contactent la même compagnie.
Comment remplir le recto d’un constat amiable ?
Le recto est la partie qui compte. Une fois signé et séparé, il devient définitif : plus aucune modification n’est possible. Prenez le temps de le remplir correctement, même si l’autre conducteur s’impatiente.
Les cases 1 à 5, le contexte de l’accident
Date, heure, lieu précis, présence de blessés même légers, dégâts matériels à d’autres véhicules ou objets, et coordonnées des témoins. Ces cinq cases paraissent anodines, elles sont pourtant celles que les assureurs relisent en premier.
Le lieu doit être exploitable : nom de la rue et numéro, ou route et point kilométrique. « Devant la boulangerie » ne servira à personne dans trois semaines. Pour les témoins, notez nom, prénom et coordonnées : un témoin sans moyen de le joindre n’existe pas.
Les cases 6 à 9, les conducteurs et les véhicules
Vous y reportez l’identité de l’assuré, les références du contrat, le véhicule et le conducteur. Recopiez ces informations sur les documents eux-mêmes, jamais de mémoire.
- la carte verte donne le nom de la société d’assurance, le numéro de contrat et la validité de la garantie ;
- la carte grise donne la marque, le modèle et l’immatriculation exacte ;
- le permis de conduire donne l’identité du conducteur, sa date de délivrance et sa catégorie.
L’assuré et le conducteur ne sont pas toujours la même personne. Si vous conduisez la voiture de quelqu’un d’autre, remplissez les deux blocs distinctement : c’est une source d’erreur classique qui retarde les dossiers.
Les cases 10 et 11, le choc et les dégâts
La case 10 demande d’indiquer par une flèche le point de choc initial sur le schéma du véhicule. Un seul point, celui du premier contact, pas l’ensemble des zones abîmées.
La case 11 liste les dégâts apparents. Décrivez ce que vous voyez, sans anticiper : « aile avant droite enfoncée, optique brisé » suffit. Ne vous prononcez pas sur ce qui pourrait exister sous la tôle, l’expert s’en chargera.
La case 12, les circonstances
C’est la case décisive, et de loin celle où se jouent les responsabilités. Dix-sept circonstances sont proposées, en deux colonnes, une par véhicule. Chacun coche celles qui décrivent sa propre situation.
Trois règles qui évitent les mauvaises surprises :
- Lisez chaque libellé en entier avant de cocher. Certaines formulations se ressemblent à un mot près et n’ont pas du tout la même conséquence.
- Ne cochez aucune case dont vous ne comprenez pas le sens. Une case cochée par politesse ou par fatigue vous est opposable définitivement.
- Reportez le nombre total de croix dans la case prévue au bas de chaque colonne. Cette précaution empêche qu’une croix soit ajoutée après votre signature.
La case 13, le croquis
Dessinez le tracé des voies, le sens de circulation de chaque véhicule, leur position au moment du choc, et la signalisation présente. Numérotez les véhicules A et B conformément aux colonnes du constat.
Un croquis maladroit reste préférable à un croquis absent. Il éclaire souvent des circonstances que les cases seules laissent ambiguës, notamment dans les carrefours et les manœuvres de stationnement.
Les cases 14 et 15, observations et signatures
La case 14 accueille vos observations. Utilisez-la si vous êtes en désaccord avec la version adverse, si l’autre conducteur refuse de signer, ou si un élément ne rentre dans aucune case. Restez factuel : « le conducteur B reconnaît avoir été distrait » n’a de valeur que si le conducteur B le signe lui-même.
La case 15 porte les deux signatures. Elle signifie accord sur les faits consignés, pas reconnaissance de responsabilité. Une fois signé, séparez les exemplaires : chacun garde le sien.

Comment remplir le verso du constat amiable ?
Le verso est votre déclaration personnelle. Vous le remplissez seul, au calme, après avoir quitté les lieux. L’autre conducteur ne le voit pas et ne le signe pas.
Vous y précisez qui conduisait, si le véhicule reste roulant, où il peut être examiné, la nature des dommages corporels s’il y en a, et votre propre récit de l’accident. C’est ici, et non dans la case 14 du recto, que vous développez votre version si elle diverge de celle de l’autre partie.
Prenez cette partie au sérieux. C’est le seul endroit où vous vous exprimez librement, et c’est ce texte que lira votre gestionnaire de sinistre.

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- Modèle agréé, valable en France et dans toute l’Europe
- Trois exemplaires : un dans la boîte à gants, deux en cas de rature
- Papier autocopiant, un seul remplissage pour les deux conducteurs
- Aucun stylo fourni, à prévoir séparément dans le véhicule
- À protéger de l’humidité, le papier autocopiant se dégrade vite
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Un point que beaucoup découvrent trop tard : le constat vierge n’est pas fourni automatiquement à la souscription. La plupart des assureurs en envoient un, une fois, et il finit sous une pile de papiers. En avoir un d’avance dans la boîte à gants, avec un stylo qui écrit, évite de remplir un document au dos d’une enveloppe.
Les erreurs à ne pas commettre
- Signer un constat incomplet ou vierge. Aucune circonstance ne le justifie. Un document signé peut être complété ensuite par l’autre partie, et vous n’aurez aucun recours.
- Reconnaître sa responsabilité par écrit. Le constat consigne des faits. La qualification juridique appartient aux assureurs, et une phrase comme « je suis responsable » vous prive de toute discussion ultérieure.
- Oublier de compter les croix. C’est la protection la plus simple contre une case ajoutée après coup.
- Repartir sans photographier. Les positions des véhicules, la signalisation, les traces au sol et les plaques disparaissent en quelques minutes.
- Rayer ou corriger après signature. Une rature postérieure décrédibilise l’ensemble du document.
- Remplir un constat pour un accident corporel. Dès qu’il y a un blessé, même léger, les secours et les forces de l’ordre doivent intervenir.
Que faire si l’autre conducteur refuse de signer ?
Cela arrive, et ce n’est pas bloquant. Vous ne pouvez contraindre personne à signer, mais vous pouvez constituer un dossier solide sans sa signature.
- Relevez l’immatriculation, la marque et le modèle du véhicule adverse.
- Photographiez les deux véhicules en place, les dégâts, la signalisation et l’environnement.
- Recueillez les coordonnées des témoins présents, avec un moyen de les joindre.
- Remplissez votre exemplaire seul, en décrivant les faits, et indiquez le refus de signature dans les observations.
- Appelez les forces de l’ordre si le conducteur refuse de décliner son identité ou tente de quitter les lieux.
- Envoyez votre exemplaire à votre assureur dans les délais, en joignant les photos.
Un refus de signature n’empêche pas l’indemnisation. Il rallonge simplement l’instruction, le temps que les deux compagnies confrontent les versions.
L’e-constat auto, la version numérique officielle
L’application e-constat auto est éditée par la fédération française des assureurs. Elle est gratuite, disponible sur les deux plateformes mobiles, et le document qu’elle produit a exactement la même valeur que le papier.
Son domaine d’emploi est cependant restreint, et c’est le point que la plupart des présentations omettent :
- accident survenu en France uniquement ;
- deux véhicules au maximum, tous deux assurés auprès d’une compagnie française ;
- dégâts matériels seulement, aucun blessé même léger ;
- un smartphone compatible suffit, celui de l’un des deux conducteurs : l’autre saisit sa partie et signe sur le même appareil.
Hors de ces conditions, le papier reste la seule solution valable. C’est la raison pour laquelle je conseille de conserver un exemplaire imprimé même si l’application est installée : l’un ne remplace pas l’autre, ils se complètent. Le déroulé complet de la démarche est détaillé dans notre article sur l’e-constat auto.
L’application guide le remplissage, géolocalise l’accident, intègre les photos et transmet la déclaration directement aux assureurs. Chaque conducteur reçoit ensuite son exemplaire par courriel.
Quel délai pour envoyer le constat à l’assureur ?
Le délai légal de déclaration est de cinq jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre. Les jours ouvrés excluent les dimanches et jours fériés, ce qui laisse en pratique une semaine calendaire.
| Nature du sinistre | Délai de déclaration | Point de départ |
|---|---|---|
| Accident matériel avec constat | 5 jours ouvrés | Jour de l’accident |
| Vol du véhicule | 2 jours ouvrés | Jour de la découverte |
| Bris de glace | 5 jours ouvrés | Jour du constat des dégâts |
| Catastrophe naturelle | 10 jours | Publication de l’arrêté au Journal officiel |
| Accident corporel | 5 jours ouvrés | Jour de l’accident |
Passé ce délai, votre assureur peut opposer une déchéance de garantie, mais seulement s’il démontre que le retard lui a causé un préjudice. En clair, quelques jours de retard sur un dossier simple restent rarement sanctionnés. Cela ne fait pas du délai une formalité : envoyez le document dès que possible, par voie numérique ou par courrier suivi.
Les cas particuliers
Un accident sans tiers identifié
Voiture heurtée sur un parking, auteur en fuite : il n’y a personne avec qui remplir un constat. Complétez seul votre exemplaire, décrivez précisément les circonstances, photographiez, et déposez plainte au commissariat. L’indemnisation dépendra alors de vos garanties propres, généralement la garantie tous risques.
Un carambolage à plusieurs véhicules
Le constat est prévu pour deux véhicules. Au-delà, chaque conducteur remplit un constat avec celui qui le précède et un autre avec celui qui le suit. Numérotez clairement les véhicules dans le croquis et mentionnez le nombre total d’impliqués dans les observations.
Un accident avec blessé
Dès qu’une personne est blessée, même légèrement, appelez le 15, le 17 ou le 112, et laissez les forces de l’ordre établir leur propre procès-verbal. Vous pouvez remplir un constat en complément, mais il ne remplace pas l’intervention des secours. L’application e-constat est exclue dans ce cas.
Un accident à l’étranger
Le constat européen est reconnu dans l’ensemble de l’Union, et sa numérotation est identique quelle que soit la langue d’impression. Chacun remplit donc son exemplaire dans sa langue, et les cases se correspondent case pour case. Conservez une version française dans le véhicule avant un départ à l’étranger : elle vous permettra de comprendre ce que vous signez.

Comment corriger ou contester un constat signé ?
Une fois les exemplaires séparés, le recto ne se modifie plus. Vous conservez néanmoins deux moyens d’agir, et ils sont réels.
Le premier est le courrier rectificatif. Adressez sans attendre à votre assureur une lettre recommandée détaillant les points contestés, avec vos photos et les coordonnées des témoins. Plus ce courrier suit de près l’accident, plus il pèse.
Le second est la contestation du partage de responsabilité proposé par votre assureur. Vous disposez alors de la procédure de réclamation interne, puis du recours au médiateur de l’assurance, gratuit, saisissable en ligne après une réponse insatisfaisante ou deux mois sans réponse.
En revanche, un constat signé sous la contrainte ou obtenu par tromperie relève du juge, pas de la simple réclamation. Ces cas restent rares, et ils supposent des preuves.
Questions fréquentes
Faut-il que les deux conducteurs envoient le constat ?
Oui. Chacun transmet son exemplaire à sa propre compagnie. Les deux assureurs se rapprochent ensuite entre eux pour appliquer la convention d’indemnisation. Envoyer les deux exemplaires au même assureur n’accélère rien et prive l’autre conducteur de sa déclaration.
Un constat amiable fait-il perdre le bonus ?
Pas en lui-même. C’est le partage de responsabilité qui compte. Un sinistre où votre responsabilité n’est pas engagée n’affecte pas le coefficient de réduction. Une responsabilité totale majore ce coefficient de 25 %, une responsabilité partagée de 12,5 %.
Quelle case ne faut-il jamais cocher sur un constat ?
Il n’existe pas de case piège en soi : chacune décrit une manœuvre précise et peut être exacte. Le vrai risque tient à cocher une case sans avoir lu son libellé complet. Prenez les dix secondes nécessaires, et reportez le total des croix en bas de colonne.
Peut-on remplir un constat le lendemain ?
Rien ne l’interdit si les deux conducteurs sont d’accord et se sont échangé leurs coordonnées sur place. C’est cependant déconseillé : les mémoires divergent, les positions des véhicules ne sont plus vérifiables, et la partie adverse peut se raviser. Remplissez-le sur les lieux chaque fois que c’est possible.
Que se passe-t-il si le constat contient une erreur ?
Une erreur matérielle sur une immatriculation ou une date se corrige par un simple courrier à votre assureur. Une erreur sur les circonstances cochées est plus délicate et relève du courrier rectificatif décrit plus haut, d’autant plus efficace qu’il est envoyé rapidement.
En résumé
Le constat amiable consigne des faits, il ne désigne pas un responsable. Le recto se remplit à deux et devient définitif à la signature. Le verso se remplit seul et laisse la place à votre version des faits.
Trois précautions font l’essentiel du travail : lire chaque circonstance avant de la cocher, reporter le nombre de croix en bas de colonne, et photographier la scène avant que les véhicules ne bougent. Le document part ensuite à votre assureur sous cinq jours ouvrés, et l’e-constat remplace le papier tant que l’accident se limite à deux véhicules, en France, sans blessé.
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