La Renault Floride est un cabriolet et coupé 2+2 à moteur arrière produit de 1959 à 1968 sur la base de la Renault Dauphine, dessiné par Pietro Frua et vendu aux États-Unis sous le nom de Caravelle, appellation qui devient européenne en 1962. Avec 117 039 exemplaires, dont une majorité de découvrables, elle est la voiture de sport populaire de la Régie, celle de Brigitte Bardot sur les affiches de 1959, et aujourd’hui l’une des françaises de collection les plus accessibles, un classique de l’automobile populaire française.
Cette fiche retrace l’histoire de la Renault Floride et Caravelle, première voiture de sport populaire française d’après-guerre, la commande de Pierre Dreyfus pour le marché américain, la technique héritée de la Dauphine, les versions coupé et cabriolet, les prix 2026, le club du losange, les canaux pour trouver un bon exemplaire et les points à contrôler avant l’acquisition.
Que désigne la Renault Floride ?
La Floride est une auto de sport à moteur arrière dérivée de la berline populaire de Billancourt, présentée au Salon de Paris en octobre 1958 et commercialisée au printemps 1959, en découvrable, en découvrable à toit rigide amovible et en coupé. Son nom vient de la Floride américaine, où les concessionnaires de Renault, réunis en convention en 1957, avaient réclamé une découvrable pour concurrencer la Volkswagen Karmann Ghia ; outre-Atlantique, elle s’appelle Caravelle, d’après l’avion de Sud-Aviation, pour ne froisser aucune autre région.
En 1962, la seconde génération adopte l’appellation Caravelle sur tous les marchés, avec le nouveau Sierra de 956 cm3 puis le 1 108 cm3 de la Renault 8, un freinage intégral et un coupé redessiné à quatre places. Les deux carrosseries sont produites jusqu’en août 1968 par Brissonneau et Lotz à Creil, sur des caisses de carrosserie fournies par Chausson ; la Renault 15 et la 17 de 1971 prennent le relais, avec la mécanique à l’avant, et la production totale atteint 117 039 unités.
| Fiche | Renault Floride 1959 | Renault Caravelle 1100 S 1966 |
|---|---|---|
| Mécanique | 4 cylindres Ventoux 845 cm3, préparation Gordini, 40 ch | 4 cylindres Cléon-Fonte 1 108 cm3, 57,5 ch |
| Position | en porte-à-faux arrière | identique |
| Boîte de vitesses | 3 vitesses, 4 en option | 4 rapports synchronisés |
| Freinage | 4 tambours | 4 freins à disques |
| Vitesse maximale | 125 km/h | 145 km/h |
| Poids | 770 kg | 845 kg |
| Dimensions | 4,25 m de long, 1,58 m de large, 1,35 m de haut | identiques |
| Carrosseries | découvrable, découvrable à toit rigide, coupé 2+2 | découvrable, coupé 4 places |
| Production totale | 117 039 unités de 1959 à 1968 | conduite à gauche, quelques conduites à droite pour la Grande-Bretagne |
Histoire de la Renault Floride : Pierre Dreyfus, Ghia et l’Amérique
À la fin des années 1950, Renault vend des dizaines de milliers de berlines outre-Atlantique et veut s’y installer durablement. Lors d’une convention à Miami, les concessionnaires demandent une découvrable jeune et élégante, capable de rivaliser avec la Volkswagen, les roadsters anglais MG A et Triumph TR3, et d’attirer une clientèle féminine. Pierre Dreyfus, PDG de la Régie, passe commande en 1957 d’une Dauphine GT au carrossier italien Ghia, dont le designer Pietro Frua livre un premier projet, exposé au Salon de Genève en mars 1958.
Le bureau de style de Billancourt reprend le dessin italien, l’adapte à la grande série et présente la Floride au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1958, puis à New York en 1959 sous l’appellation Caravelle. Le succès est immédiat sur le Vieux Continent : silhouette inspirée de la Ford Thunderbird, finition soignée, prix inférieur à celui des Simca Océane et Plein Ciel. Deux exemplaires sont offerts à Brigitte Bardot et à Grace Kelly, et la photo de l’actrice au volant de la sienne, à Saint-Tropez, fait le tour du monde.
L’aventure américaine, elle, tourne court : les ventes de la Régie s’effondrent outre-Atlantique dès 1960, victimes de la concurrence des compactes de Detroit et d’un réseau mal organisé, et les invendues sont rapatriées. C’est finalement le marché européen, l’Hexagone, l’Allemagne, l’Italie et la Suisse, qui absorbe la quasi-totalité des 117 000 unités, ce qui explique la présence de nombreuses autos au compteur en miles chez les collectionneurs, tandis que quelques conduites à droite ont été vendues en Grande-Bretagne.

Floride, Floride S, Caravelle 1100 et 1100 S : la gamme
| Version | Années | Moteur | Particularités |
|---|---|---|---|
| Floride | 1959-1962 | 845 cm3 Ventoux Gordini, 40 ch | Clignotants ronds, ouïes latérales, 3 vitesses, tambours, 6 volts |
| Floride S | 1962-1963 | 956 cm3 Sierra, 48 ch | Découvrable uniquement, freinage intégral, 12 volts, ouïes fermées |
| Coupé 1962 | 1962-1963 | 956 cm3 Sierra, 48 ch | Nouveau pavillon 4 places, nouvelle appellation en Europe |
| 1100 | 1964-1965 | 1 108 cm3 Cléon-Fonte, 55 ch | Boîte 4 rapports, planche de bord en simili, nouvelles couleurs |
| 1100 S | 1966-1968 | 1 108 cm3, carburateur Weber double corps, 57,5 ch | Compte-tours, cadrans ronds, losange sur le capot, 145 à l’heure |
La Floride d’origine reçoit le Ventoux de 845 cm3 de la Dauphine Gordini, avec sa culasse retravaillée à Saint-Cloud, une boîte à trois rapports, des tambours et un circuit électrique en six volts ; elle existe en découvrable, en découvrable livrée avec un toit rigide amovible, et en version fermée, dont le pavillon fixe reprend le dessin du toit rigide. Ses clignotants ronds et ses ouïes latérales devant les roues motrices la distinguent au premier coup d’œil.
En 1962, le Sierra à cinq paliers de 956 cm3, futur Cléon-Fonte de la Renault 8, remplace le Ventoux, avec quatre freins à disques, une innovation française, un circuit en douze volts et le radiateur déplacé derrière le bloc, d’où les fentes sur le capot. La découvrable garde l’appellation Floride S pendant un an, tandis que la version fermée, au nouveau pavillon à quatre vraies places, reçoit la nouvelle ; à partir de 1964, la 1100 unifie la gamme avec le 1 108 cm3 de 55 ch, puis la Caravelle 1100S de 1966 porte la puissance à 57,5 ch, la meilleure puissance de la série, grâce à un carburateur Weber double corps, dans un intérieur enrichi.
La technique : ce que la Floride doit à la Renault Dauphine et à Alpine
Sous sa robe italienne, l’auto est une Dauphine : même plancher, même bloc en porte-à-faux, même suspension à quatre roues indépendantes avec le fameux essieu oscillant et ses correcteurs Aérostable, mêmes trains roulants. Le Ventoux, un quatre cylindres culbuté refroidi par eau, avec le radiateur logé à côté du bloc, est réputé robuste et simple ; la préparation Gordini apporte une culasse à plus fort taux de compression et un carburateur plus gros, pour 40 ch au lieu de 30.
Cette base est aussi celle de l’Alpine A108, la berlinette de Jean Rédélé, qui utilise la même mécanique et la même boîte : berlinette et découvrable sont cousines, l’une pour la course, l’autre pour la plage. Le comportement, avec 60 % du poids sur les roues motrices, demande un peu d’habitude, surtout sur le mouillé et en cas de lever de pied brutal en courbe, mais la direction est légère, le rayon de braquage court et la position de conduite basse, façon roadster. À partir de 1962, le nouveau freinage et le Sierra, plus souple, transforment l’auto, et la 1100 S de 1966 est la plus agréable à conduire.

Comment se conduit une Renault Floride ?
Au volant, c’est une auto de plaisir plus qu’une sportive : 40 ch et 770 kg permettent 125 à l’heure en pointe, une reprise paresseuse et une consommation de 7 litres. Le charme est ailleurs, dans la capote qui se replie en trente secondes, la planche de bord élégante avec ses cadrans à fond blanc, le volant fin à deux branches et le bruit du petit quatre cylindres derrière les sièges. Les modèles à toit rigide se ferment pour l’hiver, et le coffre avant reste utilisable pour un week-end.
La 1100 S, avec ses 57,5 ch, sa transmission à quatre rapports et son freinage, se conduit comme une Renault 8 assagie : 145 km/h, des reprises correctes et un ralentissement sûr. Sur route sinueuse, le porte-à-faux impose de doser l’accélérateur et de rester progressif ; sur autoroute, l’auto tient 110 à l’heure sans forcer, bloc à 4 500 tr/min. Le confort est celui de la berline, souple, avec des sièges accueillants et peu de bruits de caisse sur un exemplaire sain.
Au cinéma et dans l’image du losange
Peu de modèles de l’industrie automobile française ont autant tourné : la Floride apparaît dès 1961 dans Saint-Tropez Blues avec Marie Laforêt, puis dans Ah si papa savait ça en 1963, Le Saint prend l’affût avec Jean Marais en 1966, Chacal de Fred Zinnemann en 1973 et, plus près de nous, dans Comme des frères en 2012, Floride de Philippe Le Guay avec Jean Rochefort en 2015 et Mystère à Saint-Tropez en 2021. À chaque fois, elle incarne la même chose : la Côte d’Azur, la fin des années 1950, une France qui découvre les vacances et le plein air, et une clientèle jeune que la Régie voulait séduire face aux roadsters anglais et aux cabriolets américains de l’époque.
Cela explique une partie de la valeur actuelle : la Floride se vend autant sur son décor que sur sa mécanique. Le losange, qui l’a longtemps ignorée, l’a réintégrée dans son patrimoine, avec des exemplaires restaurés par Renault Classic et une place régulière à Rétromobile ; le constructeur a même expliqué en 2021, dans un article de son site, que la belle aventure américaine du modèle avait préparé les succès de la Renault 8 et de la seconde génération chez nous, tandis que Pietro Frua, de son côté, dessinait dans la foulée la Maserati Mistral et la Glas GT.
Combien coûte une Renault Floride en 2026 ?
| Version et condition | Prix constatés |
|---|---|
| Coupé à restaurer, roulant | 5 000 à 9 000 euros |
| Coupé bien conservé, mécanique révisée | 10 000 à 16 000 euros |
| Découvrable, bon exemplaire d’usage | 14 000 à 22 000 euros |
| Floride 1959-1961 avec toit rigide d’origine, restaurée | 22 000 à 30 000 euros |
| 1100 S découvrable, très belle, historique complet | 20 000 à 28 000 euros |
Le prix de la Renault Floride a doublé en dix ans, porté par la mode des cabriolets français des années 1960 et par son image, de l’actrice de Saint-Tropez au film de Philippe Le Guay en 2015 ; la découvrable vaut nettement plus que la version fermée, et la version d’origine à clignotants ronds, avec son toit rigide, est la plus recherchée. Les 1100 S, plus agréables à utiliser, se négocient un peu moins cher pour une mécanique plus moderne, ce qui en fait le bon compromis pour rouler.

Où trouver une Renault Floride et comment l’acheter ?
Les annonces sont nombreuses dans l’Hexagone, de quelques dizaines à une centaine en permanence sur les sites spécialisés, chez les marchands d’automobiles de collection et dans les ventes aux enchères, où Artcurial et Osenat en proposent régulièrement. Le Floride Caravelle Club de France, fondé en 1990, fédère les propriétaires, tient un registre, refabrique des éléments introuvables et publie des articles techniques ; son site, avec sa page de contact, ses conditions d’utilisation, ses cookies et ses mentions de confidentialité comme tout site associatif, reste l’étape indispensable avant tout achat, car ses membres connaissent la plupart des voitures en circulation.
Une auto de 1959 à 1968 a plus de trente ans et peut recevoir une carte grise de collection, avec un contrôle technique tous les cinq ans, et une assurance à valeur agréée pour moins de 300 euros par an. Les autos importées d’Amérique, avec leur compteur en miles et leurs feux spécifiques, se reconnaissent à leur monogramme américain sur des millésimes antérieurs à 1962 ; elles demandent une mise en conformité de l’éclairage, mais leur carrosserie a souvent échappé à la corrosion. Comme toute voiture de collection française, elle profite d’un réseau dense de spécialistes et de composants mécaniques disponibles, communs à la berline, à la Renault 8 et aux Alpine, à voir et à comparer avant tout achat.
Entretien, composants et clubs : rouler en Floride Caravelle aujourd’hui
Rouler dans l’une ou l’autre coûte peu : la mécanique de Renault 8 se répare partout, les éléments d’usure, embrayage, freinage, allumage, joints, restent disponibles chez les spécialistes des Renault à moteur en porte-à-faux, où un bloc complet est disponible en échange standard, et une révision annuelle avec vidange, réglage des culbuteurs et contrôle des tambours ou des disques ne dépasse pas 400 euros. Les organes propres au modèle, chromes, monogrammes, feux, garnitures, joints de capote et lunette du toit rigide, sont en revanche plus difficiles à trouver ; le club en refabrique une partie, et les bourses d’échanges de Rétromobile, de Reims et de Lyon restent les bons rendez-vous des collectionneurs.
La communauté est active : le club de la marque, les forums français et internationaux, où l’on peut voir des dizaines de restaurations documentées, et les rassemblements de l’été, de la Côte d’Azur à la Normandie, réunissent des centaines de propriétaires. Un exemplaire connu du club, avec un historique suivi et un carnet de vie, se revend mieux et plus vite qu’une auto anonyme, et c’est aussi la meilleure garantie contre les reconstructions hasardeuses, versions fermées transformées en découvrables ou millésimes maquillés, qui circulent depuis que les prix ont décollé.
Que contrôler avant l’acquisition d’une Renault Floride ?
- La corrosion : bas de caisse, planchers, longerons, passages de roues, bac à batterie et pied de pare-brise, points faibles d’une caisse Chausson sans protection d’origine.
- La capote et le toit rigide : toile, armature, lunette, joints ; un toit rigide d’origine, avec sa lunette, se paie plusieurs milliers d’euros seul.
- La mécanique : fuites, fumée bleue, température, radiateur et ventilateur, joint de culasse sur les Ventoux ; le Sierra et le Cléon-Fonte sont plus robustes.
- Le freinage : tambours à régler sur les premières, étriers Lockheed à contrôler sur les secondes générations, circuit hydraulique souvent fatigué.
- L’électricité : six volts capricieux sur les premières, faisceau vieilli, instruments ronds sur les 1100 S.
- L’origine : plaque constructeur, numéro de série, conformité de la mécanique et du tableau de bord au millésime annoncé, présence des chromes et des monogrammes spécifiques.
Un essai suffit à sentir un bon exemplaire : elle démarre à froid, tient son ralenti, passe ses rapports sans bruit, freine droit et ne chauffe pas au bout de vingt minutes. Une expertise par un membre du club ou par un spécialiste des Renault à moteur en porte-à-faux évite les mauvaises surprises, et un dossier complet, factures, carnet, historique des propriétaires, ajoute 10 à 20 % à la valeur de revente.
Questions fréquentes sur la Renault Floride
Quelle est la différence entre Floride et Caravelle ?
Caravelle est l’appellation américaine de la Floride dès 1959, puis celle de la seconde génération en Europe à partir de 1962, avec le Sierra puis le Cléon-Fonte et un freinage moderne ; la mécanique et la carrosserie restent identiques.
Quel moteur équipe la Renault Floride ?
Le 845 cm3 Ventoux à préparation Gordini, 40 ch, de 1959 à 1962 ; puis le 956 cm3 Sierra de 48 ch et le 1 108 cm3 Cléon-Fonte de 55 à 57,5 ch sur la seconde génération.
Combien vaut une Renault Floride cabriolet ?
14 000 à 22 000 euros pour une bonne découvrable, jusqu’à 30 000 euros pour une première série de 1959 restaurée avec son toit rigide ; les coupés se trouvent entre 8 000 et 16 000 euros.
Pourquoi Bardot est-elle associée à la Floride ?
La marque lui a offert l’une des premières autos en 1959, et les clichés de l’actrice au volant à Saint-Tropez ont assuré la promotion du modèle dans le monde entier.
Est-ce une voiture de sport ?
Une auto de plaisir plutôt qu’une sportive : 40 à 57,5 ch, 125 à 145 à l’heure, mais une ligne de roadster, un comportement de porte-à-faux et une cousine de course, l’Alpine A108.
Ce qu’il faut retenir
- Renault Floride : cabriolet et coupé 2+2 à moteur arrière, dessiné en Italie, produit de 1959 à 1968 à 117 039 unités, rebaptisé Caravelle en 1962.
- Mécanique de berline, 845 cm3 de 40 ch, puis Sierra 956 cm3 et Cléon-Fonte 1 108 cm3 de 55 à 57,5 ch, freinage intégral à partir de 1962.
- Commandée par la Régie pour l’Amérique, offerte à l’actrice de Saint-Tropez, vendue finalement chez nous.
- Cote 2026 : 14 000 à 30 000 euros pour une découvrable, 8 000 à 16 000 euros pour un coupé.
- Avant l’acquisition : corrosion de la caisse, toile et toit rigide, mécanique et freinage, électricité, conformité au millésime ; contact avec le club.




